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L'origine de la violence
Aletha Solter, Ph.D.
Cet article est extrait du livre Pleurs et colères des enfants et des bébés (paru aux Éditions Jouvence, 1999).
In English: What causes violence?
Auf Deutsch: Der Umgang mit Gewalt
Nous sommes aujourd’hui très préoccupés par la violence. Quelle est son origine ? Pourquoi certains enfants frappent ou mordent-ils ? Comment d’adorables bébés se transforment-ils en gangsters armés, en meurtriers ou en terroristes ?
Deux facteurs principaux engendrent une tendance à la violence. Tout d’abord, le fait que la personne ait elle-même été blessée. Un enfant qui a été fessé, frappé, battu ou menacé de violences aura tendance à devenir lui-même violent. Les agressions sexuelles et l’abandon émotionnel sont également des blessures qui peuvent conduire à la violence. L’accumulation de traumatismes mineurs et de stress peut aussi aboutir à un comportement violent. Les angoisses, les déceptions et les frustrations de l’enfance peuvent s’accumuler et amener un enfant à frapper ou à mordre.
Le deuxième facteur, hélas moins bien compris, est le fait de n’avoir pas eu la possibilité de se libérer des émotions provoquées par les peines et les blessures. Dans ce cas, le sujet renferme les émotions qu’il n’a pu ni dénouer ni extérioriser. Seulement, il aura alors tendance à être violent avec autrui. Avoir été victime de violence ou autres expériences éprouvantes n’engendre la violence chez un enfant que lorsque ses émotions sont refoulées et leur expression réprimée. La violence envers soi-même ou envers autrui est alors une issue presque inévitable. C’est l’expression dévoyée de la rage ou de la terreur dans un environnement où il est dangereux de révéler ou de se libérer de puissantes émotions.
A ces deux facteurs s’ajoute la fait que la violence est tolérée et glorifiée dans les sociétés industrialisées et, culturellement, associée à un comportement masculin approprié. On propose aux enfants des sports masculins violents, des programmes télévisés, des films et des jeux électroniques principalement peuplés de violents protagonistes masculins. On offre aux petits garçons des figurines, des revolvers et autres panoplies guerrières. Les livres scolaires et autres glorifient les guerres dans lesquelles les hommes prédominent et présentent les grands conquérants masculins comme des héros. Beaucoup de parents sont heureux de voir leur fils rendre coups pour coups dans la cour de l’école et s’inquiètent quand il refuse de se battre. Une fois ajoutée la notion selon laquelle les garçons sont censés être durs et ne pas pleurer, il n’est pas surprenant que les hommes commettent plus de crimes que les femmes. Si nous voulions créer délibérément une culture destinée à produire des individus violents, nous élaborerions exactement la culture dans laquelle grandissent la plupart de nos garçons.
Pour prévenir la violence, nous devons d’abord cesser de l’imposer aux enfants. Cela signifie pas de gifles, pas de fessées, les protéger des scènes violentes à la télévision et au cinéma. Nous devons modifier les messages concernant la violence que nous transmettons aux garçons et attendre d’eux les mêmes comportements non violents que nous attendons des filles.
De plus, les garçons, comme les filles doivent avoir droit aux larmes et aux colères. Faute de quoi, ils renferment leurs frustrations, leurs ressentiments, leurs colères et leurs peurs et risquent de ne les extérioriser que par la violence, exercée sur les autres ou sur eux-mêmes. Pleurer signifie dissiper très efficacement l’énergie agressive. Une bonne partie de la douleur émotionnelle de l’enfance est inhérente au fait de grandir et d’apprendre. Les enfants font l’expérience de la douleur et du stress, même avec les parents et les éducateurs les plus attentionnées. Par conséquent, il est d’une importance cruciale de permettre le fonctionnement des mécanismes réparateurs des pleurs et des colères.
Aletha Solter est une psychologue suisse américaine qui habite en Californie. Conférencière internationale et fondatrice de l'Institut d'Education Consciente (The Aware Parenting Institute, www.awareparenting.com), elle est reconnue pour son travail au sujet du développement émotionnel et de l'éducation des enfants. Trois de ses livres ont été traduits en français, notamment Mon bébé comprend tout (éd. Marabout), Bien comprendre les besoins de votre enfant (éd. Jouvence), et Pleurs et colères des enfants et des bébés (éd. Jouvence). Son quatrième livre, Raising Drug-Free Kids, n'a pas encore été traduit en fraçais.
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